La Une En diagonal Immobilier. Des propriétaires à contre-courant de l’envolée des prix

Immobilier. Des propriétaires à contre-courant de l’envolée des prix

par SRG Salaun
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En introduction à un dossier thématique dans l’édition à venir du journal papier de février, Belle-Ile en diagonales publie à nouveau un article paru il y a plus de 2 ans dans lequel des propriétaires expliquaient leur choix de maintenir les loyers qu’ils perçoivent à un niveau inférieur au marché de l’immobilier bellilois. Comme nous le verrons dans les articles à venir, pour l’un d’eux, ce choix ne sera bientôt plus viable concernant un de ses appartements.

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Avec un taux de résidences secondaires aux alentours des 60% en moyenne, et qui dépasse même les 70% à Locmaria, l’attractivité de Belle-Île pour les investissements immobiliers n’est plus à démontrer. Un engouement constant à travers les années qui a eu pour conséquence une montée des prix aujourd’hui problématique pour les insulaires. Dans ce contexte, quelques propriétaires résistent encore à la flambée spéculative…

Pour beaucoup de Bellilois, des cas comme celui de Thomas et Elodie*, locataires à Locmaria d’une maison de 70 m2 pour un loyer de 400 euros, ont tout de la légende urbaine. Au point que ces heureux habitants d’une maisonnette à 2 étages, se considérant eux-mêmes comme des « privilégiés », préfèrent garder l’anonymat: « Avant d’emménager ici, nous étions en logement social, détaillent-ils. Mais c’était très humide, et nous avions des problèmes de voisinage. Dès que nous avons eu vent que ce logement se libérait, à peu près au même prix que ce que je payais en HLM, nous avons sauté sur l’occasion ! » Construite en 1974 par un couple aujourd’hui retraité qui l’utilisait comme résidence secondaire, le logement de Thomas et Elodie avait d’abord été loué à la saison.

C’était au début de l’installation définitive des propriétaires à Belle-Île : « Quand nous avons décidé de vivre à Belle-Île, nous avons finalement acheté une nouvelle maison et mis notre ancienne résidence secondaire en location quelques semaines à l’année, témoignent-ils. Mais, le temps passant, on s’est dit que, vu la difficulté des gens pour se loger, il valait mieux louer à des Bellilois ».

« Un choix de société »

Pour déterminer le montant du loyer qu’ils vont demander, les premiers occupants de la maison de Locmaria prennent donc leur calculatrice, et se basent sur ce que leur a rapporté leur dernière année de location saisonnière. Résultat : ce total divisé par 12 donne 400 euros… soit le loyer mensuel que leur ont versé depuis 7 ans leurs 3 locataires successifs à l’année. A l’extrême opposé d’annonces mettant parfois en avant des logements de 22 m2 pour 500 euros par mois dans la même commune, cet exemple, s’il reste exceptionnel, n’en rejoint pas moins la démarche d’autres propriétaires qui, même encore actifs, ont fait le choix de modérer leurs loyers. « Je viens de région parisienne, explique l’un d’eux. En comparaison avec ce que j’ai vécu là-bas, je ne trouve pas que le m2 à Belle-Île soit si cher que ça… Mais je crois que quand on investit dans un bien, on fait aussi un choix de société ». Désireux de conserver « une vie locale » à Le Palais, ce commerçant a donc décidé de louer l’appartement qu’il possède « environ 20% en dessous du prix moyen [qu’il a] constaté » : 480 euros par mois pour un appartement meublé restauré de 50 m2. Transposé au domaine des baux commerciaux, cela donne même, pour un local de l’avenue Carnot, 366 euros par mois les 30m2. « Pour cette petite boutique dans laquelle j’ai investi, j’ai procédé un peu au pif, concède-t-il. Mais je me suis mis à la place du locataire, et j’ai fixé le loyer selon ce qui m’aurait paru être un prix acceptable pour lancer une activité sans être pris à la gorge ».

Des impayés en hiver

Un raisonnement qui, à en croire la majorité des commerçants palantins, est loin d’être la norme parmi les propriétaires de boutiques. Dans le cas de Marie*, installée depuis 10 ans dans un local de 30 m2 de la Place Bigarré, il aura fallu 2 ans de négociations pour faire passer un loyer mensuel de 1134 euros à 750 euros. « J’ai réussi à faire baisser mon loyer en septembre 2018, précise-t-elle. Mais, avant cela, je n’arrivais pas à payer mes mensualités d’hiver, et je réglais ensuite tous mes impayés au moment de la saison estivale. Maintenant, je suis plus sereine. Tandis qu’avant, vu les horaires que je fais, et étant ouverte à l’année, je considère que j’étais dans la survie ». Pourtant, à en juger par le niveau de loyer d’autres commerces, qui atteignent ou parfois même dépassent les 2000 euros mensuels, cet exemple n’est pas emblématique des excès les plus criants. « Certains commerçants, qui ont déjà acheté leur fonds de commerce très cher, n’arrivent pas à vendre, car le loyer des murs est bien trop haut, expliquent des professionnels locaux de l’immobilier. Pour moi, un loyer commercial à l’année ne devrait pas dépasser 600 euros en moyenne. Mais depuis environ 5 ans, je ne peux que constater que tout devient hors de prix ». Résultat, encore récemment, ce professionnel expérimenté n’a pu répondre à la demande de jeunes actifs qui souhaitaient louer un local afin de proposer une nouvelle offre de services.

« Aujourd’hui, ce que l’on voit de plus en plus, ce sont de nouvelles galeries, ou des boutiques de textile, qui louent pour 6 ou 8 mois pour entre 800 et 1000 euros mensuels. En saison, ce tarif peut être raisonnable, mais seulement si l’argent rentre. Or, les affaires qui tournent à ce point sont rares. Et on voit beaucoup de locaux inoccupés ».

« Tous en mauvais état »

Quant à acheter, si l’on prétend aux secteurs les plus en vue, comme la place de la République, le début de l’avenue Carnot, et la place Bigarré, à Le Palais, ou encore les quais de Sauzon, encore faut-il avoir une force de frappe suffisante pour faire une offre pour les murs, quand le fonds de commerce à lui seul peut atteindre dans certains cas 400 000 euros.

En comparaison, l’investissement dans la pierre pour le logement ressemblerait presque à une foire aux bonnes affaires. Même si, là encore, c’est seulement avec la garantie de l’anonymat que certains détaillent les conditions dans lesquelles ils ont pu acheter, en 2018, une maison de 60 m2 habitable de suite, avec jardin et place de parking, à Palais, pour 190 000 euros frais de notaires et d’agence inclus. « On s’était fixé un budget maximum de 200 000 euros et on n’aurait jamais espéré acheter une maison à ce prix-là, confie une jeune femme. Avant, nous avions visité des appartements de 150 000 euros ou plus, tous en mauvais état ». Pour que l’installation de ce jeune couple soit possible, il aura fallu un cocktail peu commun: la décision d’un propriétaire bellilois de vendre en priorité à des insulaires à l’année, et l’entremise d’un professionnel déterminé à arriver à un «juste prix». Une circonstance reproduite en quelques autres occasions qui n’empêche pas que la norme pour la location d’une maison belliloise à l’année soit à partir de 800 euros mensuels, et que le prix à l’achat des maisons affichées dans les vitrines des agences ne sont qu’exceptionnellement en dessous de 300 000 euros.

*Prénom modifié

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