La Une En diagonal Entretien. Trois salariées suspendues de leur poste à l’hôpital reviennent sur leur parcours depuis septembre

Entretien. Trois salariées suspendues de leur poste à l’hôpital reviennent sur leur parcours depuis septembre

par SRG Salaun
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Parmi les soignants de l’hôpital de Belle-Ile suspendus en septembre dernier pour avoir refusé le vaccin à ARN contre le covid-19, certains ont fait le choix de la reconversion et d’autres de l’action judiciaire. A ce jour, les partisans de cette dernière option sont toujours sans nouvelles de l’avocat auquel ils avaient transmis leur dossier.

Elles s’appellent Céline, Natacha et Marie-Hélène, respectivement 39 ans, 51 ans et 56 ans, et étaient agent hospitalier, officière, et agent d’entretien.

Depuis votre suspension en septembre dernier, pouvez-vous expliquer quelle est votre situation matérielle ?

N. : En l’absence de salaires, on vit sur nos économies. Me concernant, j’étais travailleuse handicapée à mi-temps, et avais en complément une prime d’activité que je ne percevrai plus à partir de février. Ce que je perçois encore, ce sont les allocations familiales, car je vis seule avec ma fille de 12 ans.

C. : Moi, vu que l’hôpital a trop tardé à me remettre mes fiches de paie, j’ai été radiée de la prime d’activité, et je ne perçois donc plus d’aide. Je suis mère célibataire, avec un fils de 14 ans.

M-H. : Pareil, je n’ai plus rien. Mais ma situation est différente car je suis mariée et que nos enfants sont maintenant indépendants. Ce qui est dur, c’est que justement, avec mon mari qui est en retraite depuis peu, après beaucoup de coups durs, nous étions arrivés à une situation où on se disait qu’on allait enfin pouvoir souffler un peu…

Dans les semaines qui ont suivi l’annonce des suspensions, sur les 10 salariés concernés, quelques-uns ont fait le choix de finalement se mettre en conformité avec les exigences de la direction pour retrouver leur poste, et d’autres ont changé de secteur professionnel. Toutes les 3, vous avez choisi une autre voie…

M-H. : Au départ, nous étions plus nombreux à vouloir faire des recours en justice. Mais nous avions souvent des situations différentes: par exemple, certains, comme moi, ont été suspendus alors qu’ils étaient en arrêt maladie; sans parler des différences de statut entre titulaires et non-titulaires. Mais au final, malgré ces différences, c’est vrai que nous sommes un peu le dernier carré à être rester sur cette idée !

N. : Malheureusement, nous n’avons pas choisi le bon avocat, vu que malgré nos relances, il n’a en fait rien entrepris. Dans le groupe de départ, le seul dossier dont il se soit vraiment occupé a été celui d’un soignant pour qui la procédure n’a de toutes façons pas abouti car entretemps cette personne est retournée travailler en acceptant les conditions de l’hôpital.

Malgré cette déconvenue, vous n’envisagez toujours pas de faire marche arrière. Qu’est-ce qui vous motive ?

C. : Parfois, je me dis qu’au fond, je sais que je ne reviendrai pas. Nous avons su 3 semaines à l’avance que nous serions suspendus, et avant même qu’on soit parti, une solution de rechange avait été prévue, pour faire sans nous, notamment en recourant à des intérimaires. Depuis des années on nous répète qu’on n’est pas indispensables, qu’on est remplaçables. Alors ça faisait déjà un moment que je pensais à partir. Mais dans ces conditions là, je ne veux pas. Nous avons vécu une injustice, et il faut qu’il se passe quelque chose.

N. : Dans mon cas, renoncer à ce travail est presque impossible, car vu mon état, avec un corps qui n’est que douleur, je ne peux pas faire n’importe quel métier. Et puis, surtout, nous n’avons rien fait de mal, et je voudrais qu’on le reconnaisse.

Cependant, votre premier avocat vous a déjà fait perdre beaucoup de temps. Pensez-vous que pour vous la voie judiciaire soit toujours envisageable et réaliste ?

M.H : En ce qui me concerne, j’ai enchaîné les CDD depuis 2015, et mon dernier contrat se terminait au 31 décembre. Donc je suis maintenant libre de me reconvertir. Quand je pense aux résidents de l’hôpital dont je m’occupais, ça me fend le cœur. Mais matériellement je ne peux plus attendre.

C. : Pour moi maintenant tout repose sur ce qui se passera au moment de l’élection présidentielle d’avril. Selon le résultat, on pourrait arrêter toute cette folie. Mais si nous avons de la chance et trouvons un bon avocat, je suis dès aujourd’hui prête à lancer une procédure. De toutes façons, on ne peut pas se permettre de ne rien tenter, parce que l’étape d’après, c’est peut-être l’obligation vaccinale pour tous les métiers.

Malgré votre situation, vous semblez optimistes. Je me trompe ?

N. / C. / M-H. : Heureusement, on a la santé! Et puis, cette période nous a aussi permis de voir de bonnes choses, qu’on n’était pas tout seul. Nous tenons notamment à remercier tous ceux qui ont donné pour la cagnotte qui avait été lancée dès le mois de septembre. Cette solidarité fait partie des choses qui nous ont aidé à tenir.


Le samedi 8 janvier, une nouvelle manifestation contre l’obligation vaccinale anticovid-19 et les mesures d’exception prises dans le cadre de l’état d »urgence sanitaire a eu lieu à Le Palais.

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