La Une En diagonal Régionales. Entretien avec Pierre-Yves Cadalen, tête de liste LFI pour les élections des 20 et 27 juin

Régionales. Entretien avec Pierre-Yves Cadalen, tête de liste LFI pour les élections des 20 et 27 juin

par SRG Salaun
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En mai dernier, Pierre-Yves Cadalen, tête de liste de La France insoumise pour les élections régionales, était de passage à Belle-Ile dans le cadre d’une tournée de campagne à vélo. Reçu par des sympathisants de Locmaria, il avait tenu un point presse (Pierre-Yves Cadalen participera au débat organisé le 9 juin prochain à Brest par France 3 Bretagne).

Pourriez-vous vous présenter ?

P-Y. C: J’ai 28 ans et suis enseignant-chercheur à Créteil. Mais j’ai grandi dans le nord-Finistère et suis brestois. En 2017, j’ai déjà été candidat LFI lors des élections législatives, pour la circonscription Brest-centre. Et j’ai aussi participé aux dernières élections municipales, qui avaient été marquées par une forte abstention.

Quelle relation avez-vous avec Belle-Ile ?

P-Y. C: J’étais déjà allé à Houat mais c’est la première fois que je viens ici. J’ai des amis bellilois, et comme c’est en plus la plus grande île de Bretagne, il me paraissait essentiel que notre tour de région y fasse escale. Par ailleurs, Belle-Ile doit se poser des questions, notamment en terme d’autonomie alimentaire et énergétique, qui se poseront à l’ensemble du pays.

Dans votre programme, vous mettez très en avant l’écologie. N’est-ce pas un peu surfer sur une vague ?

P-Y. C: Pour nous, l’écologie est depuis longtemps une question centrale. Et d’une certaine manière, Mélenchon a été le premier candidat écolo à faire 20 %! En avril 2017, lors des présidentielles, il était même premier à Belle-Ile. La question écologique amène à la remise en cause d’un modèle breton centré sur l’agro-alimentaire tourné vers l’export. Mais cette réflexion ne se fera pas sans les agriculteurs, notamment parce qu’on devra proposer des solutions au problème de la dette paysanne. Dès lors qu’ils auront accepté un cahier des charges, on viendra en appui des agriculteurs qu’on appelle « conventionnels » et qui ne s’en sortent pas.

Que feriez-vous pour l’emploi ?

P-Y. C: Durant le mandat, on mettra 1 milliard sur la table pour une transition écologique qui reposera sur l’industrie et l’agriculture. Dans l’industrie, on a beaucoup d’exemples innovants, comme la production de plastiques bio-sourcés et les énergies marines renouvelables. Et en règle générale, je pense qu’il faut s’intéresser aux circuits de petites dimensions. A Belle-Ile, au Coin des producteurs, on m’a par exemple parlé de l’abattoir, qu’on devrait pouvoir mieux utiliser pour transformer la viande au plus près. C’est ce genre de modèles que l’on voudrait généraliser. Sans oublier que la compétence en matière de formation que détient la Région pourrait être un vrai levier pour agir sur l’emploi, notamment pour développer le secteur du soin aux personnes âgées.

La spéculation immobilière, en particulier dans les îles, est abordée dans votre programme. Quelles pistes auriez-vous pour lutter contre ce phénomène ?

P-Y. C: Ce sujet est un enjeu qui doit être traité au niveau national, en développant le parc social pour une large échelle de revenus. En augmentant le nombre de logement sociaux, on réduira la demande sur le marché de l’immobilier, et il y aura donc moins de pression sur les prix. En parallèle, une réévaluation de la taxation sur les patrimoines immobiliers sera nécessaire, afin d’augmenter le nombre de biens mis en vente sur le marché. Mais ce serait mentir aux gens de dire que la région a les leviers pour régler le problème de la spéculation. Et l’idée d’un statut de « résident breton »1 qui autoriserait les seuls résidents depuis au moins un an dans la région à acheter me paraît une impasse. Déjà, dans ma génération notamment, très peu peuvent acheter. La question de l’achat immobilier n’est donc pas celle qui se pose à tout le monde dans l’immédiat. Sans compter que je trouverais insensé que quelqu’un qui vient de Caen ne puisse pas acheter à Quiberon. Enfin, on ne peut pas prétendre que demain on va faire la loi en s’inventant des pouvoirs que l’on n’a pas.

Dans votre programme, vous évoquez un referendum sur le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne…

P-Y. C: Nous nous souvenons qu’une pétition a rassemblé un grand nombre de signatures pour aller dans ce sens2. Or, nous sommes des démocrates, et pensons que quand un sujet émerge, une procédure de type referendum d’initiative populaire doit avoir lieu. Ce referendum devrait d’abord être organisé en Loire-Atlantique, puis dans l’ensemble de la Région Bretagne. Notre proposition est différente de celle du Parti breton, qui considère qu’on pourrait annexer sans passer par un referendum. En tant que Brestois, je suis en tous cas personnellement prudent devant l’idée d’un rattachement car j’y vois un danger de marginalisation de la pointe de la Bretagne au profit d’un axe Rennes-Nantes. Mais la décision reviendra aux citoyens.

Concernant la politique régionale d’accueil de l’immigration, le schéma d’accueil 2021-2023 appliqué depuis janvier prévoit que la part des demandeurs d’asile accueillis en Bretagne passera de 2 % à 5 % en 20213. Comment vous positionnez-vous par rapport à ces directives ?

P-Y. C: Premièrement, nous sommes favorables à l’accueil des réfugiés, en application de la convention de Genève, signée par la France. L’exil est le résultat de guerres. Les personnes qui arrivent en France ne viennent donc pas de gaieté de cœur, et nous devons aussi agir internationalement pour que les gens qui voudraient rester chez eux puissent rester. Pour ce qui est précisément du plan de répartition des réfugiés par régions, je trouve que l’idée de permettre à tous de recevoir des réfugiés est très jolie sur le papier, mais que dans les faits une telle dispersion peut conduire à briser des solidarités qui s’étaient mises en place là où les arrivées se font depuis longtemps.

En matière de politique sanitaire, LFI s’est distinguée en votant contre le « pass sanitaire » au Parlement. Pouvez-vous expliciter la position qu’aura votre liste sur la politique sanitaire actuelle ?

P-Y. C: Actuellement, on a l’impression que faute d’avoir développé une politique vaccinale rapide on a fait le choix de restreindre les libertés publiques. Et pour ce qui est du pass sanitaire, autant on pense qu’il pourrait avoir du sens aux frontières, autant on pense qu’il créera du désordre au sein du pays. Qui va contrôler les pass dans les commerces et lieux culturels ? Mais surtout, il y a un problème de cohérence de la stratégie sanitaire. Par exemple, alors qu’en France rien ne bouge à ce niveau, depuis 8 mois l’Allemagne installe des épurateurs d’air. La seule solution que je vois est de rendre au politique toute sa place. On ne peut pas cautionner des reculs de liberté sans que les décisions soient prises démocratiquement. Face à une crise de cette ampleur, je crois qu’il faut retrouver la puissance de la démocratie en écoutant tous les partis et tous les avis scientifiques.

Contact. contact@bretagneinsoumise.fr

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