La Une En diagonal Vignes. Les associations répondent au communiqué des maires bellilois

Vignes. Les associations répondent au communiqué des maires bellilois

par SRG Salaun
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Suite à la parution dans la presse d’un communiqué conjoint des 4 maires de Belle-Ile qui éclaircissent leur position quant au projet de domaine viticole de la SCEA Les vignes de Kerdonis, l’association la Bruyère vagabonde et l’association Gerveur da viken publient chacune également une lettre ouverte.

LETTRE OUVERTE DE LA BRUYERE VAGAGONDE

LETTRE OUVERTE DE GERVEUR DA VIKEN

Madame la Présidente de la CCBI, Madame, Messieurs les Maires

Gerveur da viken, comme les autres associations, a appris en 2019 l’existence du projet de Monsieur Latouche.

Monsieur Malossi, interviewé en 2019 pour le journal Belleileendiagonales, a confirmé que le projet existait depuis 2016. « … il y a 3 ans, quand l’idée d’installer un domaine à belle-Île a pris corps, j’ai rencontré l’ancien maire de Locmaria, Véronique Bertho, une adjointe au maire de Le Palais, et Julien Froger, de la CCBI, ainsi que Guillaume Février, du CPIE. Il a également souligné le soutien de Monsieur Brien.

La demande d’ « Examen au cas par cas » du « Projet de développement d’un vignoble à Belle-Ile-en-Mer » en date du 22 décembre 2017 n’était pas portée à la connaissance de la population et ce n’est qu’en 2019 que nous avons pu consulter et analyser le dossier (Cerfa, Etude paysagère, évaluation des incidences au titre de Natura 2000, décision de l’Autorité Environnementale du 28/02/2018)

Cette dernière donnait un avis concernant uniquement les parcelles de Port Coter, Kerdonis et Kerhouarh (7,1ha avec objectif 20 ha) et concluait à la nécessité d’une « évaluation environnementale ».

Le 5 juin 2020 est déposée une « Demande d’autorisation environnementale » pour travaux, activités en site classé et en site Natura 2000. Elle concerne cette fois 5 secteurs au lieu de 3 (s’ajoutent Petit-Cosquet sur Bangor et Kerdavid sur Locmaria). L’emprise des plantations est de 11,7 ha sur une surface totale acquise de 25 ha. Elle est l’objet de l’enquête publique en cours diligentée parle Préfet.

Madame, Messieurs les Maires, nous vous avons élus, et le résultat des élections montre que les électeurs bellîlois choisissent ceux qui ont affirmé leur volonté de protéger leur île, de donner à ses habitants travail et logement, de gérer un développement raisonné et respectueux de l’environnement exceptionnel qui constitue son attrait et attire des visiteurs.

Protéger l’île c’est aussi la défendre contre les « prédateurs ». Faut-il définir ce mot ? Demandons-nous ce que veulent les groupes financiers, touristiques, immobiliers qui sont de plus en plus visibles… Ne soyons pas naïfs et demandons-nous ce que veut faire Monsieur Latouche en capturant 25 hectares d’une île.

Nous ne pouvons pas ne pas répondre à vos affirmations publiques parfois contestables qui traduisent pour l’instant un simple engagement personnel. Nous voulons apporter les précisions et rectifications nécessaires.

Non ! Une demande de « modification de site classé » n’est pas un « déclassement » ! Personne n’a affirmé que « le site Natura 2000 avait fait l’objet d’une révision » (sic)

Non ! Une « autorisation d’exploitation en site classé » n’est pas un « déclassement des sites inscrits et classés »(sic)

Non ! Il n’est pas exclu que les terrains acquis puissent faire l’objet de développement : les documents soumis à enquête formulent clairement – au conditionnel bien sûr, mais… – cette possibilité d’aménagements de locaux sur les lieux.

Si ! le projet porte sur une agriculture intensive (voir le Cerfa du dossier de 2017) même si elle est biologique : l’un n’est pas le contraire de l’autre. Le PAEC (Projet agro-environnemental et climatique) de Belle-Ile exclut l’agriculture intensive. (voir le site de la CCBI)

Si ! la plantation (comme l’arrachage) de vignes est soumise à des autorisations en raison du respect des quotas européens. Ce n’est pas la DDTM qui peut les donner mais Agrimer et les douanes.

Non ! il n’était pas possible de planter au Petit Cosquet avant que l’enquête qui concerne aussi ces parcelles commence. Pourquoi passer en force ? Parce qu’on est sûr du résultat de l’enquête?

Oui ! quand 25 hectares (cf Cerfa) auront été défrichés, labourés, tuant flore et faune, et remplaçant les paysages typiques de la campagne par des alignements géométriques parfaits soulignés par des piquets d’1,50m et des fers à béton grillagés, l’évolution des paysages sera catastrophique. Ce qu’on peut accepter sur un ou deux hectares ne l’est plus sur de pareilles surfaces de notre espace naturel. Comment oser comparer ce massacre aux « aménagements autour des résidences » ? On comparerait mieux au massacre tout aussi inacceptable de Penecam transformé en terrils en attendant les lignes de maisons au prix inaccessible aux bellilois.

Oui ! il est illusoire et trompeur de faire croire que les produits toxiques – cuivre et soufre – seront comme le nuage de Tchernobyl arrêtés par les limites des terrains et seront absorbés sans conséquences dans les sols.

Vous concluez : «Notre paysage n’est pas un objet nostalgique et figé ». Si on s’efforce d’interpréter ce non-sens, on ne peut que s’indigner de cette expression qui révèle un mépris total de ce qui fait la richesse de l’île. Le paysage c’est d’abord le cadre de vie traditionnel du Bellîlois, c’est ensuite ce qui attire ici des milliers d’admirateurs, ce qui a inspiré des écrivains et des artistes (doit-on les citer ?). Qui a pu vous suggérer cette remarque de technocrate ? J’entends par là celui qui néglige par intérêt ou ignorance les conséquences d’ordre humain de ses actions.

Alors pourquoi défendez-vous avec tant d’énergie ce projet d’oenotourisme de luxe, pollueur car destructeur de nos paysages, de ce qui y vit, et qui ne fera pas vivre grand monde à Belle-Ile ?

Gerveur da viken

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