La Une En diagonal Eoliennes. Gerveur da viken communique des éléments de son intervention à venir lors du débat du 6 octobre

Eoliennes. Gerveur da viken communique des éléments de son intervention à venir lors du débat du 6 octobre

par SRG Salaun
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L’association Gerveur da viken, qui « rassemble des résidents permanents ou intermittents de Belle-Île-en-mer soucieux de la protection de l’île ainsi que d’un développement judicieux de son économie », fait savoir aujourd’hui par un communiqué qui sera ensuite publié sur son site qu’elle participera au débat public programmé à Belle-Ile le 6 octobre au sujet du projet d’un parc éolien flottant en Bretagne Sud. Belle-Ile en diagonales publie ci-après le texte que l’association adressera à la commission nationale du débat public en vue de son intervention lors de la réunion:

Gerveur da viken participation à la consultation du public

La contestation bâillonnée

 L’enquête publique est remplacée par une « participation du public »

 Le 10 août 2018 la loi n° 2018-727 dite «pour un État au service d’une société de confiance  » décide :

  1. – A titre expérimental,dans un nombre limité de régions désignées par décret en Conseil d’Etat et pour une durée de trois ans  la procédure de délivrance de l’autorisation environnementale…, lorsque le projet a donné lieu à une concertation préalable … sous l’égide d’un garant fait l’objet des adaptations procédurales suivantes :
    « .. l’enquête publique prévue au 1° du I de l’article L. 123-2 est remplacée par une participation du public par voie électronique… »

Les régions concernées : Bretagne et Hauts-de-France. (décret du 24/12/18)

Le délai est court :il s’achève le 10 août 2021. Ce qui explique la précipitation avec laquelle on lance le projet alors que la ferme expérimentale de 3 éoliennes entre Groix et Belle-Ile n’a pas vu le jour et qu’on ne dispose donc d’aucun retour d’expérience.

Une justice d’exception pour l’éolien en mer

Introduire un recours contre un projet devient de plus en plus difficile : le premier échelon, le « tribunal administratif », a été supprimé.

 Et maintenant les députés veulent la suppression du deuxième échelon : « la cour administrative d’appel » pour tout concentrer sur le Conseil d’État : dans le cadre de l’examen du projet de loi ASAP (Accélération et Simplification de l’Action Publique), un amendement, défendu par Agnès Pannier-Runacher, qui va être soumis au vote de l’assemblée, présente deux mesures : une « vise à réduire les délais avant l’attribution des projets », l’autre « vise à réduire les délais de recours exercés à l’encontre des projets en confiant la compétence en premier et dernier ressort pour connaître des litiges relatifs à l’éolien en mer au Conseil d’État »  (www.mer-ocean.com – 17/09/20)

 Une « participation» libre ? 

Si en théorie tout le monde a le droit de s’exprimer quelle que soit son argumentation, les difficultés à intégrer et analyser un tel dossier puis à s’exprimer par voie électronique constituent un frein réel à l’expression libre, ce qui peut altérer le bilan de cette concertation ; et une censure peut s’exercer matériellement de façon plus ou moins transparente sur les arguments présentés, cela au nom de la « Charte » qui ne couvre pas moins de 5 pages.

Dès le départ, les participations au débat sont fortement encadrées

Les intervenants doivent être inscrits et communiquer le contenu de leur intervention avant la réunion à des fins de contrôle de la conformité à la « Charte ».

Les retours sur la première réunion du 11 septembre à Lorient donnent d’ailleurs à penser que son objet est surtout d’apporter une information choisie pour convaincre : 1 heure sur 2 h30 seulement pour ne répondre qu’à certaines des questions posées – apparemment les moins embarrassantes.

Un premier incident révélateur est commenté par la presse : Le Télégramme du 18/09/2020 se fait l’écho d’une vive protestation de l’association : « Sauvons le climat » invitée à intervenir puis curieusement écartée du débat : la raison officielle est un changement dans les modalités d’organisation, ce qui est bien peu convaincant… L’association évoque des positions prises à propos de la centrale de Fessenheim qui ne sont pas « souhaitables ».

Voilà qui amène à douter sérieusement du respect du contradictoire affirmé à propos de ces débats et de l’absence de censure… Il est à craindre que, parmi les remarques du public, celles qui mettraient en doute l’utilité du projet et sa nocivité éventuelle, et ne s’inscriraient pas dans ce qu’il est de bon ton de dire (« le politiquement correct ») soient purement et simplement occultées.

Et pour commencer : une surprenante incohérence….

 Au sein du document « DMO-projet-eoliennes-flottantes-sud-bretagne »,

 Page 6 Le préambule signé de Barbara Pompili (État)), Loïg Chesnais-Girard (Conseil régional) et François Brotte (RTE) est clair :

« L’enjeu de la consultation … est de faire émerger une zone préférentielle en mer pour accueillir deux parcs d’éoliennes flottantes et leur raccordement mutualisé ». 

 Page 9 : « Le public est invité à s’exprimer sur plusieurs points :

1 au sein de la zone d’étude en mer présentée, quelle zone préférentielle d’environ 600 km2 serait la plus favorable à l’accueil des deux parcs d’éoliennes flottantes ?

2 au sein de cette zone préférentielle de 600km2 :

– quelle serait la zone de 200 km2 environ destinée au parc éolien flottant de 250 MW qui sera attribué en 2021 à un développeur éolien ?

-quelle serait la zone de 400 km2 environ destinée au développement d’un second parc éolien flottant d’une puissance pouvant aller jusqu’à 500 MW, dont la réalisation serait attribuée à un développeur éolien à partir de 2024 ?

 3 quel corridor associé à la zone préférentielle de 600 km2 serait à étudier pour le raccordement au réseau de transport électrique, afin d’engager ultérieurement la concertation dite « Fontaine » sur cette base »

La question porte donc sur l’emplacement du projet.

Or, page 8, apparaît une information nouvelle :

« l’objectif est de pouvoir associer pleinement au projet l’ensemble des publics… et cela à un stade où toutes les options sont encore possibles, qu’il s’agisse de décider de ne pas réaliser le projet, de la localisation de la zone d’implantation des éoliennes en mer, des conditions de raccordement à terre, du fonctionnement des parcs (maintenance) etc. »

 Sur le site internet de la CNDP l’enjeu du débat est une surprenante synthèse des pages 6, 8 et 9 du DMO

« Le débat portera sur l’ensemble des aspects du projet, et en particulier :

Le projet doit-il se faire ?

Dans l’affirmative, quels sont les enjeux à prendre en compte, et comment les intégrer dans les cahiers des charges des futurs appels d’offres ?

Où placer les deux tranches d’éoliennes prévues et leur raccordement au littoral et au réseau électrique terrestre ? La définition d’une zone de 600 km2 au sein de zone d’études définie par l’État fait partie des objectifs du débat. »

Il est clair que, si est envisagée l’éventualité de renoncer au projet, il n’est en revanche pas demandé au public de se prononcer (par oui ou par non) sur cette décision fondamentale, celle-ci n’appartenant qu’à l’État, et il est encore moins concevable de prendre position pour ou contre le choix de l’éolien. Selon l’expression classique, chaque participant doit se contenter de choisir «   à quelle sauce il veut être mangé »…

 Cette incohérence crée l’illusion que le peuple peut encore influencer la décision ministérielle de réaliser ce projet, désamorçant ainsi les premières réactions indignées du public (commentaires, articles de presse, réseaux sociaux). En réalité il n’y aura pas de débat, seulement un simulacre de consultation publique dont le résultat est connu d’avance.

 La décision est d’ores et déjà irrévocable

Il est en effet aisé de comprendre en lisant entre les lignes

1 – Que ce projet est celui du gouvernement, QUI VEUT LE RÉALISER, ménageant les écologistes pour qu’ils acceptent qu’on ne renonce pas aussi vite au nucléaire, indispensable à côté des éoliennes, non fiables. Un « deal » en quelque sorte…

Le 14 juin 2019 A Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) François de Rugy a officialisé le parc du banc de Guérande et dévoilé les nouvelles ambitions gouvernementales sur l’éolien en mer.

« Enfin les projets vont pouvoir sortir de mer !

« Nous sommes dans un pays où on aime beaucoup les recours. Je suis venu ici une semaine après la décision du Conseil d’État pour saluer les conséquences de cette décision. Ce parc éolien c’est de l’écologie industrielle. »

Puis le ministre annonce les projets éoliens en mer d’ici 2024 : ce sera 1 GW par an au lieu des 750 MW annoncés en janvier 2019. Pour y répondre, d’autres champs offshore s’ouvriront au large des côtes françaises. : 1000 MW en Manche au large de la Normandie. Trois appels d’offres pour des parcs éoliens flottants seront lancés, l’un de 250 MW au sud de la Bretagne et deux de 250 MW en Méditerranée (Occitanie et Paca). Un projet d’éolien posé est à l’étude au large d’Oléron.

2 – Que ce projet est, en partenariat avec le gouvernement, celui de la Région Bretagne dont le Président veut FAIRE LA VITRINE D’UN PROJET EOLIEN ENTIÈREMENT NOUVEAU : un prototype d’éolienne flottante encore jamais installé en mer.

3 – Que ce projet est pour General Electric * une VITRINE pour expérimenter et développer son prototype de l’Haliade-X 12 MW haute de 260 mètres en bout de pale (mât : 150 m, pale 107 m). Le 7 novembre 2019, GE annonce que son prototype Haliade-X 12 MW, l’éolienne offshore la plus puissante au monde qui est installée à Rotterdam, a produit son premier kWh. Le 18 juin 2020, GE annonce que l’Haliade-X a reçu un certificat provisoire de l’organisme de certification DNV-GL.

L’ensemble des deux parcs compterait 63 Haliade-X (21+42),

* « GE Renewable Energy est une entreprise de 15 milliards de dollars qui combine l’un des portefeuilles les plus vastes du secteur des énergies renouvelables, pour fournir des solutions complètes aux clients exigeant une énergie verte fiable et abordable. »

4 – Que le profit escompté par GE est énorme (le « business » de l’éolien est très rentable) : GE a investi dans une usine à Montoir-de-Bretagne près de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) pour construire les Haliade X. GE a décroché une commande  pour deux parcs aux États-Unis, Maryland 120 MW (2022), New-Jersey 1100 mW (2024), puis une commande pour le « futur plus grand parc éolien au monde » au large du Yorkshire au Royaume Uni.  Ces contrats sont considérés comme « de bon augure » pour l’usine de Montoir qui connaît, selon la presse, « un important trou d’air » qu’il faut combler ! De nombreuses créations d’emplois sont annoncées, argument de poids pour le gouvernement…                                                                                                    

5 – Donc que LA DÉCISION EST D’ORES ET DÉJÀ PRISE, et qu’on ne reviendra pas dessus.                                                                                                                                 

Doit-on en conclure que ce débat n’est qu’une parodie ?

 Conclusion

Éoliennes en mer : un choix justifié ?

 Mais pour les écologistes français, il faut « sortir du nucléaire », alors que le vrai défi de la COP est de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Affirmer que les éoliennes contribuent à lutter contre le « réchauffement climatique » est loin d’être démontré.

Et le « réchauffement climatique » lui-même est mis en question quand on considère l’histoire connue de la terre et qu’on ne confond pas climatologie et météorologie.

 Seulement les gouvernements veulent donner des gages aux écologistes qui ont un poids électoral appréciable, tout en préservant le nucléaire indispensable. D’où cette inflation de projets, encouragés financièrement, qui trouvent donc des investisseurs attirés par la rentabilité des actions, et qui coûtent à l’État, dont le budget est en déficit chronique, des milliards d’argent public. L’influence de ces investisseurs (les « lobbys éoliens ») devient au fil des projets de plus en plus importante auprès des décideurs.

D’où le toilettage du code de l’environnement ; d’où un durcissement des conditions pour engager un recours, d’où l’organisation à très grands frais de consultations dont les dés sont pipés, le résultat en étant écrit d’avance, comme celle qui a commencé.

 Comment peut-on « sauver la planète » (?) au moyen d’une forme d’énergie fondamentalement intermittente, hautement polluante à tous égards -pollution du paysage, pollution de la mer, pollution liée à la fabrication et la nature des composants, à l’implantation, à l’entretien, au démantèlement –  et de surcroît d’un coût exorbitant pour l’État qui rémunère 120 € le MWh?

 Il faut bien être conscients que nous sommes dans une période de transition vers des énergies décarbonées : fusion nucléaire « ITER est une promesse de paix et de progrès… Avec la fusion, le nucléaire peut être une promesse d’avenir…(E.Macron) » et hydrogène,- sur lesquelles les chercheurs travaillent.

Pendant cette période la filière nucléaire française doit nécessairement continuer à devenir plus sûre et performante.

Et il faut encourager parallèlement l’utilisation de sources d’énergie renouvelables locales ou individuelles connues et à faible impact (solaire, pompes à chaleur…). L’abolition du monopole actuel d’EDF sur la production d’énergie électrique permettrait – ce qui n’est malheureusement pas le cas – l’utilisation directe d’une production individuelle d’électricité.

 L’éolien est contesté de toutes parts, avec des arguments indiscutables que nous ne reprendrons pas ici : tout le monde les connaît.

Bien des gens éclairés, politiques, scientifiques, spécialistes… pensent que l’appel à l’éolien relève avant tout d’une conception idéologique de la production énergétique, et le font apparaître par des ouvrages, sur des sites internet, au cours de débats, etc. démontrant l’inanité d’un choix qui est un déni du bon sens… pour ne pas être plus sévère.

En octobre 2008 Valéry Giscard-d’Estaing, préfaçant le livre de Jean-Louis Butré, « L’imposture, pourquoi l’éolien est un danger pour la France » résumait la totalité des arguments contre les éoliennes en fustigeant « un gaspillage inacceptable des fonds publics, un discours officiel trompeur et un « business » souvent douteux… » et en concluant « il s’agit de préserver les paysages de France, nos campagnes et, bientôt, notre littoral menacé lui aussi ».

Pour conclure, faisant nôtre l’avis de Yann Queffelec (Editorial du Télégramme 18/09/20) « Que l’éolienne soit la panacée énergétique de l’avenir, c’est faux. Qu’elle soit le pire des agents pollueurs universels, un fléau déguisé en médicament, un gouffre à milliards : c’est vrai, et c’est bien lui, ce prédateur omniprésent, que les écologistes devraient avoir à cœur de déboulonner », nous demandons avec force l’arrêt du programme national d’implantation de parcs éoliens sur mer et sur terre et dans l’immédiat l’abandon définitif de ce projet d’implantation d’éoliennes flottantes en Bretagne sud, au mépris de la préservation de l’environnement dont celui les îles qui sont des joyaux du littoral morbihannais.

Rdv. Réunion publique sur le projet de parc éolien flottant de Bretagne sud, le mardi 6 octobre, à 18h, salle Arletty.

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