La Une En diagonal Des habitants de Locmaria demandent au Préfet de ne pas autoriser la plantation de vignes sur la côte sauvage

Des habitants de Locmaria demandent au Préfet de ne pas autoriser la plantation de vignes sur la côte sauvage

par SRG Salaun
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Après s’être réunis pour la première fois le 21 août dernier afin de rendre publiques leurs inquiétudes concernant le projet d’un domaine viticole d’une vingtaine d’hectares à Belle-Île, des habitants de Port Coter, où se trouvent les premières parcelles achetées, ont aujourd’hui décidé de former un collectif et de s’adresser directement au préfet du Morbihan. Belle-Île entreprise a choisi de publier in extenso la lettre envoyée le 16 octobre à la préfecture:

Objet : projet d’exploitation viticole sur la commune de Locmaria

Monsieur le Préfet,

Nous sommes des habitants de la commune de Locmaria, à Belle-Ile-en-Mer, et avons constitué un collectif depuis que nous avons découvert, il y a à peine quelques semaines, l’existence d’un projet de création d’une exploitation viticole s’étendant sur plusieurs villages de la côte sauvage de Belle-Ile.

Selon les informations qui nous ont été communiquées par la société porteuse de ce projet, « Les Vignes de Kerdonis », propriété de M. Christian Latouche, ce projet serait bien connu des services de l’Etat dans le département, et ferait actuellement l’objet d’une instruction par la Direction départementale des territoires et de la mer.

En outre, il apparaît que la création de cette exploitation sur le site envisagé est soumise à votre autorisation, par dérogation aux dispositions de la loi dite loi littoral et du code de l’urbanisme relatives à la protection des zones naturelles.

C’est pourquoi nous estimons nécessaire de vous faire part des raisons qui motivent notre opposition à ce projet sur le site envisagé, et notre détermination à faire prévaloir l’intérêt général que représente la préservation de ce patrimoine écologique exceptionnel constitué par la Côte sauvage de Belle-Ile-en-Mer.

Nous tenons tout d’abord à vous faire remarquer que par son ampleur, son site de développement et ses conséquences environnementales, ce projet n’a rien à voir avec quelques précédentes tentatives très limitées de plantation de vignes à Belle-Ile.

Là, il s’agit de tout autre chose. Il s’agit d’un projet qui s’étendrait dans un premier temps sur au moins 20 hectares à Port Coter, Kerouarh et Kerdonis. Deux parcelles ont d’ores et déjà été acquises, d’autres sont en voie de l’être. Le projet de l’investisseur, qui possède par ailleurs une exploitation viticole aux Baux de Provence
sur un site de 300 hectares, mise sur une production annuelle de 70 000 bouteilles à Belle-Ile. Le projet comprend également un bâtiment agricole de 500 à 800 m2 dont une partie dédiée à des activités commerciales.

Nous sommes donc bien en présence d’un projet d’agriculture intensive, conçu dans une logique de rentabilité économique au profit d’un particulier.

En second lieu, ce projet nous semble contrevenir à toutes les dispositions règlementaires en vigueur, tant celles qui découlent de la loi relative à la protection, l’aménagement et la mise en valeur du littoral, que du code de l’urbanisme.

Les deux premiers terrains acquis par l’investisseur, soit les parcelles ZS123 et ZS10 à Port Coter, sont situés en zone naturelle et bénéficient du classement Natura 2000. Ce classement extrêmement protecteur ne doit rien au hasard. Ce site est emblématique de cette partie de la Côte sauvage de Belle-Ile qui concentre une faune diversifiée avec certaines espèces rares, une flore et des espèces protégées. Une activité viticole intensive viendrait inévitablement perturber ce territoire sensible, avec le risque de détruire une partie de la biodiversité existante, ce que reconnaît d’ailleurs l’investisseur dans le dossier qu’il a déposé auprès de vos services.

L’autre impact environnemental majeur de ce projet sera le bouleversement du paysage de cette partie de la Côte sauvage. Outre la taille de la vigne annoncée à 1m60 de haut dans le dossier (bien que l’investisseur dise aujourd’hui vouloir réduire cette hauteur), la mise en place annoncée et inévitable de bâches ou de filets de protection entre les rangées de vignes pour résister aux tempêtes et aux embruns, va totalement défigurer le site. Ce procédé avait d’ailleurs été utilisé dans un projet similaire de vigne sur l’île anglo-normande de Sercq, et avait soulevé une révolte des insulaires.

Or, comme vous le savez certainement, une jurisprudence constante fait de la protection des paysages le critère exclusif à prendre en compte dans l’examen des dérogations aux dispositions relatives aux zones naturelles. Notons au passage que ce choix de vouloir implanter une activité viticole en zone naturelle protégée est d’autant plus étonnant qu’il existe à Belle-Ile des terrains agricoles disponibles.

Ajoutons à ces éléments déjà probants les conséquences que pourra avoir le traitement des vignes à base de sulfate de cuivre et de soufre, comme l’annonce l’investisseur dans son projet. Même modéré, cet usage est aujourd’hui largement contesté pour ses impacts nocifs, tant sur la nature qu’en termes de santé publique.
Le média en ligne « Agriculture et Environnement » a ainsi révélé que des analyses effectuées sur 29 échantillons de vins bios de toutes les régions de France ont mis en évidence la présence de soufre dans des proportions supérieures à celle des pesticides de synthèse pour les denrées de l’agriculture conventionnelle.

Dans ces conditions, les six emplois annoncés, dont une partie seulement bénéficierait à des insulaires, ne peuvent en aucun cas justifier une prise de risque écologique majeure pour Belle-île-en-Mer. La logique économique d’un tel projet est de s’étendre sur l’ensemble de l’île, en particulier sur la côte sauvage, ce qui pourrait remettre en cause ce qui fait la singularité et l’attractivité de cette île à travers ses paysages d’une
beauté exceptionnelle.

Pour toutes ces raisons, nous vous demandons d’émettre un avis défavorable à la demande d’autorisation de créer une exploitation viticole sur cette partie de la Côte sauvage de Belle-Ile-en-Mer.

Nous sommes également demandeurs d’informations sur l’état actuel de l’instruction du dossier par les services de la préfecture, sur les conclusions de l’enquête environnementale, ainsi que sur le calendrier des décisions à venir.

Nous tenons enfin à vous préciser que nous avons trouvé auprès des élus locaux, tant auprès du maire de Locmaria que du président de la Communauté de communes de Belle-Ile, une réelle écoute de nos préoccupations et compréhension de notre action, qui a pour unique motivation un attachement profond et sincère à cette île que nous aimons tant.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Préfet, en l’assurance de notre respectueuse considération.

Signataires:
Michel Beauvais, Chafika Ben Mehidi, Estelle Cuvelier, Gaëtan Cuvelier, Anne-Sophie Dubecq, Bruno Dubecq, André Gazut, Marianne Gazut, Benjamin Geissler, Mathilde Geissler, Marie-Alice Girod, Pierre Girod, Emile Josse, Yvette Josse, Paulo Levêque, Anne-Sophie Lindeboom, Josette Lindeboom, Patrick Lopato, Antoine Mauss, Sophie Révil, Annick Richalet, Jacques Richalet, Evelyne Robin, Philippe Robin, Danielle Simon-Perret, Hubert Simon-Perret, Gilles Smadja, Sylvie Truffaut, Araceli Urbina

Copies :
– M. le Maire de Locmaria
– M. le Président de la Communauté de communes de Belle-Ile-en-Mer

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gdv 19/10/2019 - 13:19

L’association Gerveur da viken partage les inquiétudes du Collectif et approuve et soutient la démarche entreprise auprès du Préfet.

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