La Une Locmaria Patman. Un artiste qui a déjà trouvé son emblême et commencé à laisser son empreinte à Belle-île

Patman. Un artiste qui a déjà trouvé son emblême et commencé à laisser son empreinte à Belle-île

par SRG Salaun
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Installé depuis 1997 à Locmaria, Patman, alias Patrick André Montagner à l’état civil, est un peintre sculpteur autodidacte venu à Belle-île dans les pas des impressionnistes qui ont autrefois cherché l’inspiration ici : comme eux, il a rejeté l’académisme et s’est nourri de « la rue » ; et comme eux, il a créé une nouvelle école !

Quand il essaie de se remémorer un souvenir d’enfance marquant, ce que Patrick Montagner voit, ce sont des tableaux en draps fabriqués dans son garage avec de la toile de lin volée à sa mère et tendue sur des chassis en bois. Le petit garçon vit alors dans les Hauts-de-Seine dans une famille de maçons en partie d’origine italienne.

« Tout jeune déjà, j’ai voulu entrer à l’école des Beaux arts ou devenir photographe, se rappelle-t-il. Mais, pour mes parents, ce n’était pas de vrais métiers. A l’époque, on écoutait son père… et j’ai dû rentrer dans le moule ».

Alors, le bon fils file droit, et passe un CAP de mécanicien ajusteur option dessin industriel. Une formation qu’il ne mettra jamais en pratique, enchaînant les petits boulots dans les secteurs les plus divers au gré des opportunités. Ce qui ne varie pas en revanche, c’est l’envie de peindre. Toujours là, elle le poursuivra même dans ses voyages à travers l’Europe à l’époque où il devient chauffeur de car.

Au contact de l’Asie

« J’avais fini par me stabiliser, et pendant environ 12 ans, j’ai travaillé comme chauffeur de car pour des tours d’Europe, explique Patrick Montagner. Mon employeur était un sous-traitant de l’agence de voyage Kuoni Zurich. Et moi, je m’occupais des touristes asiatiques ».

Et tandis qu’il balade des groupes de Japonais, Philippins ou Chinois, à travers le continent, notre artiste-chauffeur, qui dessine dans son car, sème des oeuvres derrière lui : dans les hall des hôtels où il passe et dans les restaurants, Patrick Montagner met en place un véritable circuit d’expositions.

Mais suite à une séparation, arrive l’heure des grands choix. Et c’est bien décidé à vivre enfin de son art, qu’en 1997, Patman s’installe à Belle-île avec sa nouvelle compagne. Nourri de l’expérience de sa vie professionnelle passée, qui lui a permis de connaître « l’école de la rue », et de son contact avec la culture asiatique, dans sa première galerie locmariaiste, il invente même un nouveau mouvement artistique : le fusionnisme.

Expérimentations à Locmaria

Travail au pastel sur les horizons maritimes.

« C’est un mouvement que j’ai lancé lors du salon des artistes indépendants de 1997, à Paris, détaille le Bellilois d’adoption. Comme j’ai baigné dans un environnement d’asiatiques, je me suis intéressé à l’encre, et à la calligraphie. Ça m’a poussé à mêler le figuratif et l’abstrait, et à fusionner différents outils, comme le couteau et la brosse ».

A côté de ces expérimentations, Patman, qui considère qu’il a vraiment commencé à affirmer sa personnalité à partir de son installation à Locmaria, travaille aussi sur « le pastel et les ambiances de lumières qu’on trouve à Belle-île », ainsi que sur « les horizons maritimes, qui sont des invitations au voyage ». Par ailleurs, il continue à sculpter. Des années de recherches d’où, un jour, sortira l’objet qui deviendra l’emblême de l’atelier Patman : le poisson rame. L’histoire de cette sculpture sur un support insolite a commencé à Gand, en Belgique.

La naissance d’un emblême

« Je présentais mes acryliques dans une exposition, relate l’inventeur. Et à côté de moi il y avait des sculptures en bois très abstraites qui me faisaient penser à des hélices d’avion. J’ai voulu reproduire ce mouvement. Et un jour, en dessinant des poissons, je me suis rendu compte que je pouvais les étirer comme je voulais…et c’est devenu une rame ». Le sculpteur est alors pris de frénésie : rame, pagaie, aviron, godille, tout y passe !

Le poisson rame, toujours sculpté dans des rames récupérées.

Et, après environ 2 ans d’études, en 2002, les premiers poissons rames, sculptés dans ces supports détournés de leur fonction, prennent forme. Un cadeau des muses qui apportera à Patman sa renommée, et une place dans plusieurs salons internationaux. Au point que l’idée a commencé à faire des émules. Récemment, l’artiste bellilois a ainsi découvert que, depuis 2010, une retraitée expose à Quiberon des créations sur le même modèle pendant la période estivale.

Des émules sur le continent

« Tout le monde a le droit de créer, expose Patrick Montagner. Mais c’est difficile à accepter, quand on consacre sa vie à l’art et qu’on doit être inscrit à la Maison des artistes, qui est notre organisme de tutelle et nous impose un tas d’obligations, de voir que des personnes qui ne sont assujetties à rien peuvent faire absolument ce qu’elles veulent ». Il en faudrait toutefois plus pour décourager le concepteur du poisson rame, qui possède son atelier de Locmaria depuis 22 ans maintenant.

Encore loin d’avoir fini d’explorer toutes les possibilités des rames, il poursuit donc ses études en rêvant au salon de Rome, « qui est un peu la cerise sur le gâteau en art ». Tout en savourant sa chance de vivre dans un lieu où, à l’image de peintres comme Monet ou Vazarelli, venus en leur temps à belle-île, il a déjà commencé à laisser son empreinte.

Atelier Patman. Rue Vauban, Locmaria. Tél. 02.97.31.99.15. Email: patmanexpo@wanadoo.fr – www.facebook.com/Patmanexpo/

Hors saison: du lundi au samedi, 09h30-12h30; en saison (avril à octobre) :  du lundi au dimanche, 09h30-12h30 et 16h-19h

Artiste labellisé « savoir-faire des îles du Ponant » (dans sa galerie, une vitrine est réservée à un confrère du label).

 

 

 

 

 

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